¡A Tomar Viento!

Viaje a vela por el Mediterráneo

Traversée Sardaigne – Minorque

Nous sommes partis de Sardaigne, du Cap de « Sa Perda Longa » vers 9h du matin, prêts pour effectuer une traversée de deux jours, une des plus longues et des plus impressionnantes que nous effectuons au cours de ce voyage. En effet, nous avons navigué éloignés des terres, contrairement à celle de la Grèce à la Sicile. En cas de problème, il nous aurait été bien plus difficile de demander de l’aide.

Plus nous effectuons de traversée, moins nous avons besoin de nous préparer en amont. C’est comme si Calma était toujours préparé à ce genre d’expédition : les gilets de sauvetage que nous portons la nuit sont sortis, les lignes de vie posées (ce qui nous accroche au voilier en cas de risque de chute), les vêtements chauds sont à portée de main…


La première journée s’est faite sous un ciel nuageux mais venteux. Les voiles ont été de sortie la plupart du temps, avec un vent de poupe (arrière).

Il y a toujours des avantages et des inconvénients à chaque type de navigation. Dans ce cas, certes nous allons vite et ne sommes pas gênés pas le bruit du moteur et l’odeur de gasoil, mais… l’estomac n’apprécie pas. Les vagues venant de derrière font constamment basculer le bateau d’avant en arrière, parfois légèrement de côté. Ce ne sont pas des mouvements brusques, rien de vraiment désagréable. Si ce n’est qu’après un moment, je me sens vaseuse, l’esprit embrumé, l’estomac noué, la tête douloureuse, j’ai sommeil et je n’ai plus le courage de rien. Autrement dit, j’ai le mal de mer. En tout cas, c’est ce que cela provoque chez moi. Chema a aussi ces symptômes mais semble en être moins gêné que moi.

Dans ces cas-là, je sais qu’il vaut mieux pour moi ne pas entrer en cabine, laisser l’air frais me fouetter le visage, boire de l’eau et veille à ne pas avoir trop faim si je peux manger. Mais le mieux pour moi, c’est de m’allonger. La plupart des effets s’estompent, pour revenir rapidement dès que je me redresse.

Le problème de cette journée est qu’aucun de nous deux n’a eu le courage de cuisiner (au risque de se sentir encore plus mal). Nous avons grignoté des petits gâteaux secs achetés en Italie et avons patienté sachant que le vent baisserait. Allongée, j’arrivais à lire par intermittence.

Et en effet, en fin de journée, nous avons dû mettre le moteur et avons pu cuisiner un bon plat de pâtes. Après avoir regardé un épisode d’un série (c’est plutôt original d’être au beau milieu de la mer, un ordinateur portable sur les genoux, et deux marins les yeux rivés sur l’écran). Cela nous a fait passer le temps.


Puis, comme une petite équipe bien organisée, Chema est allé se reposer. Vers minuit, je suis allée me coucher et il apris le relais. Malheureusement pour moi, le sommeil ne m’a pas trouvé. Le vent était faible et Chema ne voulait pas allumer le moteur pour ne pas me gêner. Le problème est que la voile claquait sans cesse et provoquait beaucoup de bruit dans la cabine. Quand enfin je sombrais, le claquement sec sur la coque me réveillait en sursaut.

Avec l’expérience, à 3h30 du matin, je savais que je ne dormirais plus. J’ai donc remplacé Chema à la roue et il est partis se coucher. Pour lui la nuit a été bonne : des bouchons d’oreille l’isolait du bruit, que ce soit du moteur ou des voiles.


Pour ma part, les heures passées seule n’ont pas été de tout repos. Déjà, et comme au cours de la journée, le pilote automatique refusait de fonctionner. Je revivais notre traversée Cagliari- Favignana près de la Sicile. Le fait de manœuvrer sans cesse fatigue beaucoup (surtout quand on a à peine dormi !). Peut-être est-ce à cause des vagues frappant le timon. En tout cas, le petit moteur tournant la roue n’avait pas la force de le faire convenablement.

Voyant que le vent monter, j’ai coupé le moteur peu de temps avant le levé du jour (vers 6h00). Puis, comme chaque fois que la température grimpe ou baisse (couché ou levé du soleil), les vents changent. J’ai été contente de parvenir à passer la voile de bâbord à tribord, seule, avec un pilote auto plus que capricieux. Mais ce n’était pas suffisant, il fallait placer le tangon (barre qui maintient le Genova en place afin qu’il ne claque pas et prenne plus de vent).

Harnacher au voilier grâce à la ligne de vie, j’ai entrepris cette manœuvre délicate. En temps normal, avec un pilote auto qui fonctionne ou quelqu’un à la barre, ce n’est pas évident, mais dans mon cas ça a été pénible !

Pourtant, entêtée comme je le suis, j’ai persévéré. Après de nombreuses tentatives échouées par manque d’expérience et faute à un brusque changement de direction amorcé par le pilote auto (mais qu’elle mouche l’a piqué ?), vers 7h du matin, la voile était enfin en place et parfaitement tendue face au vent… qui a à nouveau changé pour finalement ne plus donner signe de vie !

À peine remise de mes émotions, il a fallu que je retire tout ce que je venais de faire, enrouler le Genova et allumer le moteur. Je ne vous raconte pas mon état d’esprit à ce moment-là.

Car en plus de ces péripéties, je me suis pris la lampe torche dans la tête. (oui oui, c’est ça, riez!) Celle-ci étant accrochée sur mon gilet de sauvetage, sur ordre du capitaine au cas où je tombe à l’eau en pleine nuit, s’est enroulée puis déroulée brusquement autour de la roue du timon alors que je revenais m’assoir. Difficile à décrire… Toujours est-il que la force de son mouvement est venu me frapper au-dessus de l’arcade sourcilière. Par chance, la lampe est entourée de caoutchouc.

Bref, je n’étais pas très contente.

Le lever de soleil dans mon dos a apaisé mon mécontentement et j’ai poursuivis la navigation jusqu’à 9h00. Épuisée, je suis allée réveiller le capitaine pour qu’il prenne le relais et me suis endormis comme une masse, des cotons dans les oreilles (dédicace maman 😉).

C’est encore plus beau en vrai !


La deuxième journée s’est faite parfois à moteur et parfois à voiles. Les vagues étaient moins fortes que la veille et le vent plus faible, du coup la vitesse a baissé mais nous avons été soulagés et moins malade. Les heures ont passé rapidement étant donné que j’ai fait une bonne grosse sieste dans l’après-midi.

Le soir venu, nous sommes restés tous les deux dehors. Je n’avais aucune envie de revivre es tentatives avortées de la veille. Le GPS indiquait que nous arriverions au petit matin, alors nous nous sommes couverts de nos couvertures, un oreiller sous la tête, et avons admiré les étoiles et les planètes :  Mars, Jupiter, Cassiopée, la grande et la petite ours, l’étoile polaire et Orion plus tard dans la nuit.

J’ai souvent observé le ciel, mais jamais je n’ai eu la chance de voir autant de beauté à terre. Au milieu de la mer, éloignés des villes, la nuit noire nous entourait. Il n’y avait plus moyen de faire la différence entre la mer et le ciel, impossible de voir la ligne d’horizon ou d’avoir conscience des distances autour de nous. Incroyable ! Et le ciel est le seul point de repère. Je ne me lasse pas de l’admirer. C’est ce que je préfère dans ce type de traversée, et cela vaut la peine de soffrir un peu. 😉

Le quart de lune s’est levé vers 1h du matin. Et cette fois, le sommeil a facilement trouvé son chemin vers moi. Sans avoir à parler, Chema et moi avons veillé chacun notre tour, un œil et une oreille attentive aux alentours. La vérité est qu’à un moment donné, j’ai sombré dans un profond sommeil durant 3 ou 4h, légèrement ballotée par Calma, l’air humide tombant sur moi, tandis que Chema somnolait près du timon. J’étais épuisée et ces heures de repos m’ont fait le plus grand bien.

Nous avons admiré les orages dans le lointain, les éclairs illuminant le ciel et les nuages visibles que par intermittence.

Au lever du jour, je savais qu’il ne restait plus longtemps avant de nous poser et de manger. Et en effet, vers 9h, soit 48h après notre départ, nous posions l’encre dans le port naturel de Mahón.

Nous avons effectué 220 miles nautiques, soit un peu plus de 400 km, à une moyenne de 4,6 nœuds.

Et nous sommes enfin de retour en Espagne ! Sur l’île de Minorque. En posant l’ancre, j’ai remarqué qu’un passager clandestin occupait la proue.

Cette fois, nous n’avons pas sauvé le petit animal qui a voyagé avec nous.

Nous ne sommes plus très loin de notre point de départ, qui sera le point final de cette aventure. Mais en attendant, nous nous reposons dans le port de Mahón, amarrés à un ponton.

 

 

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  1. Nadia

    Bonsoir,
    Ta première nuit de navigation a été plutôt mouvementée (mal de mer, insomnie, péripéties… ) mais t’es vraiment devenue un « super petit marin » et ton récit est très captivant (quoique un peu inquiétant pour une maman).

    non non je t’assure que moi je n’ai pas rigolée lorsque tu as pris la lampe torche dans la tête !!! merci, c’est bien de penser à moi lorsque tu mets des cotons dans tes oreilles… lol

    Superbe 2ème nuit à la belle étoile… (ou aux belles étoiles), ce seront des souvenirs inoubliables pour vous deux, « sur terre » tu n’auras qu’à repenser à cette nuit et tu n’auras plus d’insomnie… tu en as fait une magnifique description, j’avais l’impression de vivre votre aventure !

    Vous voilà bientôt de retour, alors reposez-vous bien et à très bientôt à Barcelone.

    Gros bisous
    maman

  2. romane rose

    Toujours aussi fabuleux Milie. Tu me fais voyager par la pensée et j’adore. Fais attention à toi et aux lampes torches (je n’ai pas ri non plus, parce que ça fait très mal ce genre de collision). Bisous et bonne suite à votre voyage.

  3. romane rose

    Toujours aussi fabuleux Milie. Tu me fais voyager par la pensée et j’adore. Fais attention à toi et aux lampes torches (je n’ai pas ri non plus, parce que ça fait très mal ce genre de collision). Bisous et bonne suite à votre voyage. Bisous

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